dimanche, octobre 10, 2010
Cathy est partie
Je suis trop triste pour décrire ma peine... Sandrine, puis Cathy, elles deux parmi tant d'autres, mais ces deux là, elles étaient comme mes soeurs...
Et pourquoi pas moi ?
Je t'aimais Cathy, non comme te l'a decrit ton psy de frère, mais totalement et sans rien d'autre, de l'amour pur, que tu as rejeté...ce qui m'a brisé le coeur il y a quelques années... et désormais te voilà là haut avec Sandrine.... et moi je reste sur terre, comme perdue. Notre petit Club secret " le Club des caniches à lunettes noires" n'est plus. Pourquoi ce nom ? A l'époque y'avait Ardisson et puis après la chimio on a toutes l'air de caniche car les cheveux repoussent tout frisés... et puis les lunettes noires, ben c'était mieux dans notre cas... Cathy je pense à toi - message de la terre vers le ciel.
je voulais vous dire...
Hello à tous ceux qui me lisent encore...
Ce message n'est pas de moi mais il aurait pu l'être, je m'y retrouve :
Il faut que l'on vous dise...
Nous sommes des femmes, atteintes plus ou moins
gravement d'un cancer du sein. Nous n'avons pas les
mêmes formes de cancer, nous n'avons pas eu les mêmes
traitements, ni connu les mêmes forces, le même courage,
les mêmes désespoirs. Nous ne sommes pas les mêmes
femmes, chacune a son histoire, mais nous avons quelque
chose en commun à vous dire… Vous nous dites...
"Il faut garder le moral !"
Oui, nous essayons de garder le moral et nous vous
étonnons de l'avoir, ce moral. Mais attention, sachez que
parfois, on vous ment parce que l'on veut vous protéger !
Alors, quand nous pleurons, même si vous avez mal,
laissez-nous pleurer, nous en avons besoin… Pour
évacuer notre peur, notre douleur, notre révolte… Et si
vous-mêmes, vous ressentez le besoin de pleurer avec
nous, faites-le, nous ne vous en voudrons pas.
Acceptez l'aide des vôtres pour vous aider à nous aider
! Cessez de nous dire qu'il faut tenir le coup et être forte,
accordez nous le droit d'être un peu faible, surtout quand
nous sommes avec vous… Nous ne vous demandons pas
de nous assister, mais de nous ménager… Si nous allons
nous allonger, ce n'est pas parce que nous baissons les
bras, c'est parce que nous avons un immense besoin de
nous reposer… Non, une promenade au grand air, à la
place, ne nous fera pas de bien, nous n'en avons pas la
force…
Proposez-nous de l'aide concrète. Par exemple : dites
: " Laisse, je vais porter ton pack de lait, je vais aller
chercher tes enfants " plutôt que de nous lancer " Tu as
besoin de quelque chose ? ", ce qui nous met dans une
situation de dépendance… Savez-vous que notre moral ne
dépend pas uniquement de notre guérison, des bonnes ou
des mauvaises nouvelles, mais aussi des conséquences
parfois dramatiques de cette maladie sur notre quotidien :
baisse des revenus, perte de l'activité professionnelle,
coût des prothèses, des transports…
Nous sommes malades et nos traitements sont
épuisants. Nous comprenons que votre çons de ne pas le
paraître (certaines d'entre nous continuent à travailler,
toutes restent des mères et des épouses attentives durant
leurs traitements…) C'est auprès de vous, nos familles,
nos amis que nous enlevons, parfois, nos masques de
femmes fortes et courageuses, nous vous demandons
d'accepter ce rôle ingrat, d'accepter notre vrai visage…
Peut être qu'au lieu d'un " ça va ? " qui semble ne pas
supporter autre chose qu'une réponse positive, aurions-
nous besoin d'un " raconte-moi "…
De nos jours "ça" se soigne
On le sait, vous nous le dites… tellement souvent
qu'on se demande qui vous voulez rassurer ! Vous
connaissez tous quelqu'un qui s'en est sorti… Il y a eu de
gros progrès, c'est vrai, mais " ça " ne se soigne pas
toujours ! Notre peur de la récidive, des métastases, de
l'atteinte de l'autre sein, d'avoir à se battre à nouveau est
permanente et incontrôlable… Et sachez aussi que
certaines de nos soeurs sont parties, il y a quelques mois,
elles avaient les mêmes traitements que nous et la même
volonté de s'en sortir… Chaque contrôle est un supplice,
chaque attente de résultats est insupportable, chaque
kyste, chaque bouton nous deviennent suspects…
"On peut vivre avec un sein, pour moi, tu es comme avant,
la féminité ne s'arrête pas à tes seins !"
Nous savons que vous êtes sincères en nous disant
cela… Nous savons que vous nous aimez malgré tout et
que vous nous acceptez telles que nous sommes (bien que
certains services de leur compagne depuis 25 ans… Ils
n'ont pas supporté et sont allés consoler leur immense
chagrin dans les bras d'une plus jeune qui avait, elle, ses
deux seins…)
Mais nous, nous savons que nous ne sommes plus
comme avant… Plus question de jeter un de lingerie nous
font mal, les photos dans les magazines nous mettent les
larmes aux yeux… Pardonnez-nous de devenir pudiques
à l'extrême, de ne plus avoir envie de vous séduire… Il ne
nous reste qu'un sein … Acceptez de nous entendre parler
de ce que l'on ressent, de ce que l'on souffre... Bien sûr on
peut vivre sans, mais ce serait mieux avec !
"La chimio, ils ont fait des progrès !"
Et heureusement ! Elle nous laisse à terre, sans
cheveux, vomissant, perdant nos dents et nos de nous
accompagner pour nous distraire et nous tenir la main
lors des injections… Les brûlures, les douleurs,
l'insensibilité, tout cela est invisible (nous dépensons une
énergie folle à les cacher) mais permanent… Les sautes
d'humeur, nos appels au secours, nos colères, nos
révoltes ne sont pas contre vous, ils sont l'expression de
notre détresse, de notre douleur…
L'hormonothérapie ménopause la plupart d'entre nous.
Savez-vous ce que cela représente de chaleur… Oui, nous
sommes en vie…Mais que de bouleversements !
"La chirurgie esthétique fait des miracles !"
Ce n'est pas de la chirurgie esthétique, c'est de la
chirurgie reconstructrice : les chirurgiens dont certains
vont jusqu'à demander des dessous de table, pour des
résultats parfois très décevants, font ce qu'ils peuvent,
avec des cas très difficiles à " rattraper ", c'est souvent
très douloureux et mutilant ! Malgré tout, nous en avons
besoin et cette chirurgie fait partie de notre traitement. Or
nous entendons : " As-tu vraiment besoin de ça ? N'as-tu
pas eu assez de soucis comme ça ? "
Accompagnez-nous, encouragez-nous dans cette
démarche qui est difficile ! Il nous est difficile de
rencontrer à nouveau le corps médical, nous allons encore
changer d'image corporelle et comme nos cicatrices, nous
n'avons pas toujours envie de la montrer, ni de la partager
!
Quelle belle poitrine nous avons et comme vous en
êtes fiers… Sauf que nous, nous aurions préféré garder
nos deux seins … même moins " jolis " mais les nôtres…!
Certaines d'entre nous n'envisagent pas cette
reconstruction : elle leur fait peur, elles ne sont pas prêtes
ou n'en voient pas la nécessité. Merci de respecter ce
choix, de ne pas essayer de les persuader du contraire…
"C'est fini, maintenant, tu es guérie !"
Les traitements sont finis, la vie reprend son cours …
Vous voilà rassurés… et tout est comme avant… Tout sauf
nous !
Vous retournez à votre vie après nous avoir tant
entourées et vous nous laissez à la nôtre qui ne sera plus
jamais comme avant… Nous restons là avec le corps
meurtri, la peur, le calme après la tempête, sans force…
Et là, le sujet devient tabou… Nous nous sentons
abandonnées… Nous n'osons plus vous en parler de peur
de vous choquer, vous n'osez plus nous en parler de peur
de nous déranger, d'éveiller de mauvais souvenirs…
Pourtant, osez nous poser la question : " Et toi, comment
ça va dans ta tête ? " Nous en avons encore besoin,
acceptez que l'on vous parle encore et que l'on pleure
encore…
Osez dire : " ton cancer " et non " tes ennuis, tes soucis,
tes problèmes
Le mot n'est ni tabou ni contagieux… Oui, nous avons
eu ou nous avons un cancer du sein et nous voulions vous
le dire…
Nous voulions aussi vous dire... Merci
A vous nos maris, nos compagnons, notre amour,
A vous tous, famille, amis, collègues, relations proches
ou lointaines qui nous avez entourées, qui avez voulu et
su être présents :
Merci à vous qui gardez au plus profond de votre peau,
de votre coeur, les marques de nos griffes, celles de notre
souffrance physique et morale, de notre rejet, de notre
désespoir, de nos angoisses, de nos peurs et de nos
appels au secours, c'est à vous que nous avons hurlé,
parfois en silence, ce ras-le-bol des traitements, des
examens...
Merci d'avoir compris qu'il s'agissait de NOTRE cancer,
de l'avoir reconnu et pris en compte dans votre attitude,
d'avoir accepté notre agressivité (non désirée par nous
mais présente tout de même) en la dissociant de nous :
c'est le cancer qui parlait...
Merci de n'avoir jamais oublié malgré notre physique,
notre image dégradée, que nous étions toujours des
femmes.
Merci d'avoir compris que, malgré toute votre
affection, vous ne pourriez pas ETRE A NOTRE PLACE et au
lieu de dire " je suis là " d'avoir agi en ce sens sans
prononcer ces mots. Merci d'avoir senti que nous étions "
entre parenthèses " et d'y être entré avec nous sans rien
demander en retour.
Nous vivons ensemble ou côte à côte "pour le meilleur
et pour le pire" et depuis quelques mois ou quelques
années, nous vous offrons le pire et vous le meilleur. Mais
vous savez très bien que si les rôles s'inversaient, il en
serait de même...
Merci d'avoir lutté et de combattre toujours avec nous,
à nous aider à redessiner et à recolorer nos lèvres d'un
sourire, de nous avoir permis de ne jamais quitter des
yeux la lumière de l'espérance.
Merci d'avoir été et d'être vous pour nous. Merci de
nous avoir laissée être nous pour vous. Merci enfin de
nous avoir permis d'être nous pour nous.
Notre reconnaissance est à la mesure de notre amour :
immense